La vie !

 

Quel est le sens de la vie ?

Quel est le sens de MA vie ?

Où en suis-je ?  Suis-je heureux.se ?

Est-ce que je me sens libre, légitime, à l’aise, serein ? En pleine possession de mes moyens ? Avec le sentiment de vivre pleinement ma vie ?

Ou y-a-t-il des entraves ?

Des manques, des attentes ? Des peurs, hésitations, des retenues, des interdits ? De la tristesse, de la colère ? Des tensions, des crispations, des « Il faut… / Tu devrais… / Tu ne devrais pas… / Tu aurais dû… », pour moi-même et pour d’autres ? Des interprétations et des jugements désagréables, sur moi et les autres ?

 

L’éducation que j’ai reçue et mon bonheur d’aujourd’hui, un lien ?    …Certainement.

Alors quoi faire, comment faire maintenant avec ce qui est là dans ma vie ?

Comment me rendre la vie belle ?

 

Le début du chemin peut être de retourner en arrière, regarder et prendre la mesure de ce que j’ai vécu.

Enfant, j’ai absorbé de façon « passive » ce que j’ai rencontré dans mon milieu de naissance et dans les milieux et ambiances dans lesquels j’ai baigné : de tout ce qui se passait autour de moi, j’ai pris quelque chose. Or, quelle perception de la vie mon entourage avait-il ? Quelles peurs et normes morales flottaient dans l’air ? Quels types de relations et états émotionnels m’entouraient ? Que disait-on, qu’ai-je entendu sur moi-même, sur les autres, sur le monde, sur comment vivre sa vie ? Et, mieux que ce qui était dit : quels exemples de façons de vivre sa vie étaient donnés ? Quelles sortes de vies étaient vécues ?

Et puis il y a eu, à côté de ces apprentissages « passifs » faits dans les différents milieux côtoyés, les intentions, les actions et les comportements que l’on a eus spécifiquement a mon égard, dont j’ai été l’objet : mon éducation.

J’ai vécu certains pans de la vie librement, faisant ce qui m’intéressait à mon rythme, dans la fluidité et sans intervention extérieure imposée.

J’ai aussi sûrement, à d’autres moments de ma vie, agit pour éviter remontrances et punitions, pour faire plaisir, pour être aimé, pour ne pas être exclu.e, pour une récompense (chantage), par culpabilité (re-chantage), parce qu’« il faut », parce que « c’est comme ça ! ». Et parce qu’il me fallait bien survivre dans le milieu où j’étais – et d’où je ne pouvais m’extraire – j’ai parfois du me soumettre aux volontés de quelqu’un d’autre (éducation).

Il est probable qu’il me reste, de mes moments de vie vécus librement et sans peur, des souvenirs heureux : la joie qui découle de faire ce que j’aime, spontanément, et en étant laissé tranquille.

Et il est probable que ce qui a été vécu sous la contrainte, forcé par l’insistance de personnes qui utilisaient leur autorité sur moi, m’ait laissé des sensations désagréables à très désagréables : le souvenir amer d’avoir dû me soumettre alors que je n’étais pas d’accord, que ça n’était pas juste. Ces moments de vie contrainte ont un point commun : ils m’ont fait faire l’expérience de la peur (au point même d’y être habitué, qu’elle puisse me paraître « normale »).

 

Tout ce que j’ai vécu, pris, ressenti, compris de cette époque-là (et ce même si je ne m’en souviens pas), a façonné petit à petit ma façon de voir le monde, d’aller dans la vie, et se retrouve dans ma façon de vivre ma vie d’adulte aujourd’hui. Les difficultés que je rencontre éventuellement aujourd’hui, ont leur racine dans ces évènements passés.

« Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée », disait Aristote. Je suis aujourd’hui, au moins en partie, le produit de ce qui m’est arrivé et de ce que j’ai vécu dans mon enfance de façon répétée.

Un préambule à la possibilité de cheminer vers une vie plus belle est certainement la possibilité de voir la réalité qui a été vécue via l’éducation. Il existe à ce sujet, selon les personnes, des différences dans la façon de se souvenir et donc de voir les choses, qui peuvent d’ailleurs être source d’incompréhensions :

  • Pour qui est en capacité voir la réalité, le ressenti sera sans doute celui-ci : « Oui, il y a eu des moments difficiles dans ce que j’ai vécu. J’aurais aimé que les choses soient différentes »  =  « Je me souviens de ce que je ressentais. Ils avaient certainement leurs raisons de faire ce qu’ils ont fait, mais je suis conscient.e de ce que cela m’a fait et je souhaite mieux à moi-même et aux autres aujourd’hui. » Formidable ! Car à partir de cette conscience-là, une recherche et une évolution sont possibles.

Ou bien :

  • « Oui bon, ça a été dur parfois, mais je n’en suis pas mort ! Et puis, il fallait bien ! ». Dans ce cas-là, le mal que j’ai eu est minimisé, voire même il ne peut pas du tout être vu. J’ai certainement souffert mais je ne suis pas en capacité de ressentir cette vérité-là pour l’instant. Un autre impératif prend manifestement le dessus, et la question de ce que j’ai ressenti est éludée, et ma souffrance niée voire justifiée : « Il fallait bien ! ». Depuis cette posture, il est probable que j’ai des difficultés à évoluer vers une vie tranquille, sereine. (Elle peut l’être en apparence, tensions et conflits remontant à la surface ici et là.)

 

Voir que cette éducation, que l’on a voulue pour moi, n’a pas été au service de mon épanouissement, qu’elle a peut-être ou certainement entravé ma joie d’être en vie, est une première étape. Et voir que ce que j’ai intégré lors ces moments de vie joue encore un rôle dans ma vie actuelle, autrement dit voir que l’éducation que j’ai reçue, il y a si longtemps, est encore à l’œuvre en moi est assurément une prise de conscience importante, car elle permet de ne pas rester enfermer, mais au contraire de pouvoir se réapproprier sa situation en se demandant :

« Si, par l’éducation, on a fait de moi une certaine personne, maintenant, qu’est-ce que je fais de moi ? »

 

Se rendre la vie belle.

Observer et s’observer, et retrouver et suivre sa boussole intérieure.

  • Voir ce que l’on m’a fait : guetter les automatismes, les ressentis et les conditionnements issus de mon vécu d’éduqué, de ce petit qui n’a sûrement pas été traité comme il le demandait, et n’a pas eu d’autre choix que d’obéir (de là mes peurs, hésitations, doutes, non-confiance en moi ou dans la vie, sensation de ne pas être complet dans ma vie d’adulte d’aujourd’hui)

  • Voir comment je me traite aujourd’hui. Comment est-ce que je me parle ? Est-ce que je me laisse vivre ? Est-ce que je m’éduque ? Est-ce que je me mets des limites ? Est-ce que je me force à faire des choses « pour mon bien » ? Comment est-ce que je traite mes peurs ?

  • Chercher qu’elle est ma marge de manœuvre par rapport à ces conditionnements, par rapport à cette vision de la vie, que j’ai apprise. Quelles sont les justifications de mes décisions ? Est-ce que je peux m’imaginer autonome dans ces décisions ? Est-ce que j’ai besoin que mon entourage, ou une personne experte, ou les institutions approuvent ? Comment est-ce que je me situe par rapport à mes parents ou ceux qui les représentent ? Par rapport aux institutions ?

  • Est-ce que je vis des situations de domination-soumission dans ma vie ? Où ? Dans quel rôle est-ce que j’y participe ? Est-ce que parfois je me retrouve à obéir  parce que j’ai peur ? Est-ce que parfois je fais obéir d’autres à ce que je veux moi ? Qu’est-ce que cela me fait ?

  • Est-ce que je peux revenir à l’instinct de vie que mon éducation a brouillé ? Aller vers ce qui me fait du bien et ce qui compte pour moi, simplement ? Est-ce que je peux vivre ma vie, faisant ce qui a du sens pour moi et me rendant ainsi heureux, me positionnant tranquille, à la fois en lien avec d’autres et en autonomie, sans m’obliger, sans me soumettre, ni sans intention de dominer ou forcer quiconque ?

 

La vie n’a pour objectif, pour finalité, qu’elle-même.

Le sens de MA vie – et mon bonheur – est de contribuer à LA vie

Voir les idées, concepts, pensées qui sont en moi aujourd’hui,

Porter mon attention sur ce que je ressens, mes réactions,

Pour me connaitre mieux,

Pour me traiter mieux et lever ce qui entrave la vie,

Pour vivre mieux.

C’est l’invitation du GréA-la-Vie.

 

« On se traite soi-même, sa vie durant, de la même façon que l’on a été traité dans la petite enfance. Et les plus torturantes souffrances sont souvent celles que l’on s’inflige ultérieurement. Il n’y a plus aucun moyen d’échapper au tortionnaire que l’on porte en soi et qui souvent se déguise en éducateur. »

Alice Miller, C’est pour ton bien (1984)

Nul être vivant ne vient au monde pour obéir.

Nul être vivant n’a de plaisir à agir sous la contrainte.

Pour être heureux, il n’y a pas besoin d’avoir été éduqué, et il n’y a pas à s’éduquer.

Mais plutôt à s’aimer : laisser ses élans de vie se vivre ; se « foutre la paix ».